Fiches pratiques Team'Parents
LA PARENTALITÉ À L'ÉPREUVE DU COVID 19

mère et fille

Crise sanitaire

covid19

26/03/2020

10ème jour de confinement en France, et on pressent que celui-ci va durer encore plusieurs semaines.

 

Ce confinement semble ô combien nécessaire pour limiter la pandémie et permettre au système de santé de la gérer dans les moins mauvaises conditions possibles. Mais s’il est absolument indispensable, il ne faut pas oublier les conséquences que ce confinement va certainement avoir sur la santé mentale et physique des français en sortie de crise.

Déformation professionnelle oblige, je ne peux m’empêcher de penser sans cesse aux familles en difficulté et à l’impact de la situation sur eux, leur parentalité, le bien-être de leurs enfants.

Bien sûr que la priorité est à la survie : contenir l’épidémie, éviter le plus possible de décès, protéger les professionnels qui sont en première ligne. Ceux-ci sont au front et font un travail exemplaire qu’il faut soutenir avec force. Le temps nous dira si l’Etat fait assez, assez vite, de la bonne manière.

Mais il faut déjà préparer la suite, parce qu’en plus de leurs difficultés quotidiennes, les familles vivent une période traumatique.

 

Et si les familles sortent trop abîmées de cette crise sanitaire et de la crise économique qui suivra, les conséquences en termes de santé publique, d’économie, et de bien-être pourront s’étendre sur plusieurs décennies. La génération de nos enfants, les citoyens de demain, sera marquée pour longtemps.

On voit fleurir sur les réseaux sociaux des conseils pratiques, des cours de yoga, des activités manuelles, des journaux intimes de confinement, des vidéos de soutien de personnalités, des témoignages, etc…. Si ces contenus sont certainement utiles pour s’occuper, se changer les idées, etc… il ne faut pas oublier la réalité de la vie des familles françaises.

Selon les chiffres officiels, qui sont nécessairement très inférieurs à la réalité, environ 380 000 personnes sont victimes de violences conjugales chaque année en France.

En ce qui concerne la violence contre les enfants, l’évaluation est très difficile mais on sait que 14% des français déclarent avoir été victimes de violence pendant leur enfance, et 3% d’inceste.

 

Plus de 86% de ces maltraitances se déroulent au sein de la famille.

 

C’est dire l’ampleur de la question des violences intra-familiales, sans parler des violences éducatives ordinaires.

L’impact du confinement sur l’ampleur de ces violences est inconnu.

 

Mais compte tenu de la fatigue, de la tension, de l’angoisse qu’implique cette période, on ne peut que redouter une augmentation significative des violences intra-familiales. Dans le même temps, la détection de ces violences et l’accompagnement des familles par les acteurs que sont les écoles, crèches, PMI, professionnels de santé, centres de loisir, et lieux de sociabilisation, seront impossible pendant encore plusieurs semaines.

Entre 5 et 20% des parents (selon les études) sont en situation de burn-out ou d’épuisement parental : quel pourra être l’impact de cette période exceptionnelle sur les parents qui vont devoir prendre en charge à 100 % leurs enfants, et en devant être tout à la fois parent, éducateur, enseignant, soignant, prof de sport, jours et nuits, semaines et week-ends, sans aucun relais, dans le huis-clos de leur domicile.

Sur la pression mise sur les parents par l’école, le très bon billet de Laura Keller Haddad :

https://www.facebook.com/notes/laura-keller-haddad/pensons-l%C3%A9cole-en-confinement/10157411404608401/

Environ 20% des jeunes mères subissent une dépression post-partum après leur accouchement, et la même proportion subit une dépression prénatale.

Quel va être l’impact des accouchements intervenus dans un contexte aussi tendu, du suivi des jeunes mamans à la maternité et au retour à la maison alors que les équipes des maternités sont soumises à une pression jamais égalée ? Comment ces jeunes mères vont pouvoir accueillir leurs bébés dans de bonnes conditions, développer un lien d’attachement serein avec leurs nouveaux nés en pareille période ?

Un foyer sur trois en France est monoparental : ces « parents solo » déjà souvent en surcharge doivent assurer seuls le confinement avec leurs enfants, sans même parfois le soutien d’un autre parent, ce qui pourra avoir des conséquences sur leur carrière professionnelle, leur situation financière, leur état d’épuisement physique et psychique.

Environ 300 000 enfants porteurs de handicaps ou avec des besoins spécifiques sont scolarisés en France. Aujourd’hui ces enfants sont confiés 100% à leurs parents sans le soutien des professionnels qualifiés qui les aident habituellement. Pour ces familles encore plus que les autres le confinement va les forcer à puiser dans leurs capacités, leur résistance, leurs ressources.

La crise COVID19 (sanitaire, puis économique) va donc créer de larges fractures dans la société entre les couples qui vont se renforcer et ceux qui vont se déchirer, entre les foyers solides financièrement et ceux qui vont sombrer, entre ceux qui s’en sortiront saufs et ceux qui connaîtront la perte d’un être cher, entre les enfants qui auront fait des progrès scolaires avec leurs parents et ceux dont les parents n’ont pas la capacité de les accompagner sur le plan scolaire, entre ceux qui auront vécu confortablement les semaines de confinement et ceux qui auront eu le sentiment d’être enfermés dans un clapier à souris ou d’être sacrifiés pour le bien commun, entre les enfants qui auront vécu dans un climat de violence à huis clos et ceux qui auront bénéficié d’un climat plus serein.

Aujourd’hui un enfant sur 8 souffre de troubles mentaux, combien après tout ça ?

Quelles sont les mesures mises en place ou préparées ?

Quels sont les budgets qui vont être mobilisés sur ces questions ?

Il est indispensable de renforcer les budgets et les ressources humaines en matière de protection de l’enfance, de justice de la famille, ainsi que dans le domaine éducatif, de la petite enfance et des soins de santé à la famille et à l’enfant.

La saturation actuelle de ces secteurs rend impossible un accompagnement correct et serein des familles ; ça ne pourra qu’être pire après la crise COVID19.

Ces professionnels au contact des familles doivent, plus que jamais, bénéficier meilleures conditions de travail et de formations pour pouvoir accompagner les familles.

Un drame silencieux est en train de se jouer, en plus de la crise sanitaire, et dont on constatera les dégâts dans les prochains mois. Il faut dès aujourd’hui s’y préparer.

 

L’accompagnement à la parentalité est désormais clairement un enjeu de santé publique urgent et impérieux.

Noémie Khenkine-Sonigo

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